L'AVIA XV. 

Vue de profil

Par Philippe ROUCAYROL

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La construction d’un modèle de planeur tout bois, une vieille  toile à l’échelle 1/3 me tentait pas mal depuis quelques temps.

J’avais réuni des éléments pour construire un modèle qui me plaisait bien : l’émouchet planeur français des années 40. Je le voulais de construction identique au réel avec les nervures et les couples construits en structure. Mais n’ayant pas d’expérience sur ce type de chantier j’ai voulu me faire la main avant de commencer par un modèle qui me paraissait plus simple de construction : L’Avia XV.  

Fuselage poutre, ailes rectangulaires, profil plat, bref  tout facile à priori…  

Photo de l'époque où le numérique n'avait envahi les terrains

En outre, je reste conscient que ce type de planeur avec sa finesse de 9 ne sera que disons moyennement performant. Mais il faut savoir faire des choix et l’originalité ainsi que le look  de l’oiseau peut faire oublier ses piètres performances et ce n’est pas ce que je recherche.  

Comme pour l’émouchet j’ai réuni pas mal de documentation. Pour l’histoire c’est un planeur ancien ou mieux encore antique des années 30 qui eut ses heures de gloire à la Banne d’Ordanche haut lieu à l’époque du vol à voile français. Ce qui m’intéressait au-delà de la construction de la machine était de faire revivre ces moments, de retrouver les gestes, les outils, l’ambiance des ateliers de construction de l’époque…

Du reste ce projet n’a rien de nouveau car j’ai vu dans un vieux RCM de 1984 le même planeur à cette échelle photographié lors de la rencontre de la Banne.  

 

Couverture RCM - Le planeur est celui de Mr Donnadieu

Extrait de la page du RCM  

Commentaire sur la photo de gauche

Couverture de Model Mag de janvier 78 dans lequel il y a le plan de Jean Guillemard

Mon premier travail consiste donc à rassembler des documents qui vont me permettre de mener à bien cette aventure :

Je suis parti du plan de Jean Guillemard paru sur modèle magazine (janvier 1978) toujours disponible à la revue, il est dessiné avec une précision micrométrique. Il est à l’échelle 1/6 pour une envergure de 2 mètres. Pour le transformer, il me suffit de tout doubler. Jean explique par des croquis sur son plan, la méthode de construction du vrai (c’est ce qui m’intéresse.)  

 Scan du plan de Jean Guillemard    Scan du plan de Jean Guillemard

J’ai travaillé également à partir de la brochure sur les planeurs Avia éditée par Christian Ravel responsable au GPPA, brochure qui explique tous les détails de la construction  y compris les sections et essences  de bois  utilisées. C’est réellement une mine d’or pour ce genre de recherche.  

Page de l'ouvrage de Christian RAVEL   Page de l'ouvrage de Christian RAVEL

CONSTRUCTION DES AILES

Après avoir décortiqué le plan et ramené les  sections de bois à l’échelle choisie j’ai décidé de commencer par la construction des nervures.

Comme l’aile est rectangulaire, il me suffira d’un seul chantier car toutes les nervures sont identiques en corde (50 cm quand même).  Il en faut 13 par demi aile, plus 7 dites nervures principales qui seront coffrées sur les 2 faces avec du balsa de 15/10. La nervure d’emplanture sera coffrée sur sa face de jonction avec la cabane du fuselage par du contre plaqué 1,5 mm. Des trous d’allègement seront percés conformément aux nervures du grandeur.

Pour construire les nervures, j’ai découpé un gabarit dans du formica qui me servira pour tracer les coffrages des becs dans du contre plaqué aviation de 0,8 mm et également de forme pour tracer l’extérieur de la nervure sur un petit chantier de ctp de 20 mm sur lequel je construirai les nervures une par une.

J’ai délimité le pourtour avec des pointes sans tête sur lesquelles viendront s’appuyer les baguettes de samba de 3 X 3 constituant le pourtour des nervures, les entretoises également en samba 3 X 3 sont collées à la cyano et les jonctions sont renforcées recto verso par des goussets en ctp aviation de 0,8 mm. Pour répondre aux interrogations de certains d’entre vous les goussets sont découpés à l’emporte pièce diamètre 12mm frappés sur une chute de bois dur.

Le contre plaqué en faible épaisseur se laisse découper directement avec une paire de vieux ciseaux, un coup de poncette sur la tranche et c’est bon.

2 réservations pour le passage des longerons sont prévues.

C’est long mais le résultat est superbe pour un poids de 8 gr par pièce. Comme me le rappelle mon épouse qui me supporte entre les poussières de ponçage et les taches de colle, on dirait des sardines avec l’odeur en moins.

Donc tous les soirs au menu : sardines; car il m’en faut 40. Sachant que j’en construis une tous les soirs j’en ai déjà pour plus d’un mois.      

Les longerons seront fabriqués à l’aide de baguettes en pin 8 X 8 pour les semelles et reliés de part et d’autre avec du balsa de 15/10 fil du bois vertical. Sur 20 cm en partant de l’emplanture, les âmes seront en ctp aviation de 1,5 mm ceci afin d’intégrer 1 tube alu calé au dièdre de 3° qui servira de fourreau de clé. A l’intérieur du longeron cheminera également la rallonge du fil d’alimentation pour le servo d’aileron. Des renforts verticaux en balsa 3 mm disposés à 45° seront également insérés au montage.

La nervure d’emplanture sera calée en biais au bon dièdre. Le bord d’attaque sera constitué par une baguette de bois dur 6 X 6, un coffrage en balsa de 1,5 mm constituera un caisson avant jusqu’au premier longeron. Le bord de fuite rapporté par collage directement sur les queues de nervures sera  tiré d’un profilé de balsa de 10 x 5. Les jonctions avec les nervures seront assurées encore une fois avec un gousset de ctp de 1 mm. 

A l’intérieur du longeron arrière, j’ai prévu des renforts en bois dur pour par la suite y fixer les charnières à œil d’articulation de l’aileron.  

J’ai directement tracé au crayon le positionnement des nervures sur les longerons et enfilé celles-ci, positionnées calées sur le chantier. Les collages des nervures sur les longerons sont effectués à la colle PU qui s’expanse en séchant et rebouche les petits jeux.

Les bords marginaux seront découpés dans un tasseau de samba poncé en forme et relié à la dernière nervure par des formes en balsa de 3mm ajourées.

Les ailerons seront construits à part avec les queues des nervures collées sur un bord d’attaque construit de la même façon que les longerons principaux mais avec les semelles en samba pour gagner du poids. 

J’ai prévu des renforts en pin à l’intérieur des longerons pour la fixation des haubans ainsi qu’un support en ctp pour le servo d’aileron.

L’aile est ensuite rigidifiée à l’aide de corde à piano de 5/10 croisillonnée à l’intérieur en haut et en bas des longerons.

Les fixations sur les longerons sont issus de vis agglo fines qui ont été percées préalablement d’un trou diamètre 1 mm vers la tête de la vis. Elle sont vissées sur les longerons puis la tête est décapitée à la meuleuse. Il reste un bout de vis avec un trou  qui dépasse et dans lequel est attachée la corde à piano de 0,5 mm. 

Afin de rattraper la différence d’épaisseur entre le longeron avant et la nervure, j’ai collé des rectangles de balsa 3 mm pour que le coffrage s’appuie dessus. J’ai également posé des chapeaux de nervures en balsa 15 / 10 pour rattraper l’épaisseur du coffrage à l’avant et des goussets de bord de fuite afin d’obtenir une surface d’entoilage plane.  

L’entoilage est réalisé avec du solartex de couleur antique qui convient tout à fait pour ce genre de modèle ancien.     

CONSTRUCTION DU FUSELAGE  

Le fuselage composé de 2 parties est constitué d’un caisson inférieur construit avec des âmes en pin de 18 X 8 pour l’âme supérieure et de 18 X 6 pour l’inférieure. Ce caisson sera croisillonné à l’intérieur par des lattes de pin verticales et des lattes en balsa en oblique. Des renforts en pin prendront place à l’intérieur pour fixer les supports de haubans des ailes ainsi que les attaches de câbles. 

Les flancs sont quant à eux en balsa et ctp aviation de 15/10. Ils enserrent la poutre principale en pin de 18 X 30 qui sert de support à l’aile.

Sur ce caisson sera monté la cabane principale en barres de pin qui supportera l’aile.  

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Des fausses nervures en ctp 1,5 mm sont collées de part et d’autre de la cabane afin de servir de support latéral  aux ailes. Elles sont traversées par 2 tubes alu diam 8 mm extérieur qui serviront de passage aux clé d’ailes en cap de 6 mm et donneront l’incidence de 3°  par rapport au stab qui sera lui calé à 0 sur la poutre arrière.

J’ai pris la liberté par rapport au plan de Jean de modifier l’incidence de l’aile. Jean propose en effet de mettre 4° d’incidence mesurés par rapport à la ligne d’intrados de la nervure au profil clerc Y. J’ai pour ma part opté pour une incidence de 3° mesurée par rapport à la médiane du profil. La suite me dira si j’ai bien fait…   

Un plancher en ctp de 2 mm okoumé  est collé sur le sabot avant. Il servira de support à un assemblage de baguettes de samba 8 X 8 renforcé de goussets et de couples formant un habitacle profilé qui se termine à peu prés au bord de fuite de l’aile et qui va accueillir le pilote et son siège.

Le nez avant sera profilé dans un bloc de samba. Derrière la poutre principale l’installation radio trouvera sa place.

Un crochet mécanique commandé permettra le lancement et le remorquage du planeur. Le vrai n’était pas remorqué mais plutôt treuillé ou lancé au sandow dans les pentes. Le remorquage sera donc une mise en altitude  qui n’existait pas encore à cette époque.  

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Avancement des travaux au 15 Août 2005
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Le cadre de fuselage arrière est composé de barres de pin contreventées de différentes sections. Les assemblages de barres de pin  formant la cabane sont renforcés par des languettes de ctp 1,5 mm collées dans une fente en milieu de bois plus des goussets en ctp 1,5 mm de part et d’autre. Les autres assemblages sont simplement renforcés par des goussets. Une sorte de béquille sera collée sous le plan fixe de dérive. Sur le réel, je pense qu’il devait servir à manipuler le planeur.   

Les 2 parties de fuselage avant et arrière seront solidarisées à l’aide de ferrures découpées dans de la tôle d’acier percée et boulonnée à travers des inserts en tubes d’alu enfoncés en force dans les barres de pin . Sur la partie haute, les ferrures seront horizontales, celles de la partie basse verticale. Sur le modèle réel l’avantage de ce système permettait de démonter et de remplacer rapidement l’avant ou l’arrière du fuselage car les casses de bois n’étaient pas rares…ce planeur étant destiné à l’apprentissage et au lâcher des élèves. De plus, il n’y avait pas de place prévue pour le moniteur.

Comme je ne possède aucun document ou historique quant à l’instrumentation, mon modèle en sera dépourvu.

Sous le sabot, un patin sera installé par l’intermédiaire de rondins de caoutchouc faisant office d’amortisseurs.

L’habitacle sera entoilé comme les ailes avec du solartex antique.

La dérive et le stab seront construits comme le réel avec des nervures en baguettes samba de 3 x 3, un longeron principal en samba et un bord d’attaque en balsa. Ils sont entoilés également en solartex. Tout comme les ailerons, l’articulation sera assurée par des charnières à œil. 

Le stab est haubané avec la partie inférieure du  fuselage à l’aide de tubes en alu profilés.

Les ailes sont également haubanées au fuselage et contreventées pour éviter le flambage avec des tubes en alu profilés. Les jonctions sont assurées par des pièces façonnées maison  collées en bout des haubans et réglables sur une petite longueur de tige filetée pour l’ajustage. Tout ce petit monde est triangulé avec du câble en acier gainé nylon tendu par des ridoirs de bateau, ce qui n’arrange pas la finesse….

Les commandes d’ailerons, dérive et profondeur seront également traitées en aller-retour avec du câble relié aux servos correspondants. 

Les guignols de commande seront découpés dans du circuit imprimé plus facile pour moi à travailler que l’alu.    

Toutes les parties en bois apparent reçoivent 2 couches de lasure pour extérieur dans le but de protéger et surtout donner une teinte légèrement foncée de belle facture.


Philippe sous traite la peinture à sa moitié

La finition se résume à peu de chose, pas de déco compliquée comme sur un modèle plus classique. Au contraire ce qui donne tout le cachet est de laisser les matériaux bruts pour coller le plus possible au réel. Juste une couche d’enduit nitro sur les parties entoilées histoire d’imperméabiliser et de fixer le matériau d’entoilage et aussi de faire remonter les odeurs des ateliers de l’époque…

Il est dommage et pour moi inconcevable de faire voler cette machine avec un siège désespérément vide. Etant donné que j’ai la chance de disposer sur place d’une artiste, j’ai confié la réalisation d’un pilote à l’échelle 1/3 à mon épouse. J’en ai bien vu de très jolis en vente sur certains sites mais le prix m’a tout de suite remis à ma place…

Par contre j’ai lu une méthode assez simple de réalisation sur le site Internet de Vincent BESANCON qui m’a séduit de part la facilité apparente et surtout le coût de réalisation pour le résultat obtenu.

Ceci dit la sculpture n’étant pas vraiment ma tasse de thé, je me suis contenté de réaliser pour ma part le tronc et les membres. La tête, les mains la peinture et l’habillage ont donc été déléguées à ma moitié.